Après des années d’absence, Ciro revient chez lui, au chevet de sa mère. Dans ce désert colombien de la Tatacoa, il retrouve ceux qu’il avait fuis et affronte les derniers gardiens d’un territoire aussi fragile qu’envoûtant.
Avec Vers la Bataille prix Louis-Delluc 2021 du premier film, Aurélien Vernhes-Lermusiaux était apparu comme un débutant hors du commun, parti en Colombie pour y reconstituer le Mexique de l’époque napoléonienne et l’histoire d’un photographe hanté par la mort de son fils. C’est pendant les préparatifs de cette Bataille que le réalisateur découvrit le désert de la Tatacoa, une terre lunaire (et très Star Wars) où il a tourné La Couleuvre noire. Son projet de cinéma s’éclaire avec ce film fascinant et d’emblée intime qui suit un jeune Colombien revenu depuis Bogotá au chevet de sa mère mourante, dans cette région où les humains ont quelque chose des fossiles qu’on trouve là en quantité, blocs de dureté sur lesquels s’est imprimée toute une histoire. Retrouver le lien avec cette terre et ceux qu’elle a façonnés sera, pour le fils qui a fui la puissance mystérieuse du désert, une sorte de rite initiatique et de combat presque mythologique…
Si l’étrangeté est partout (il y a même des morceaux de satellites qui se sont écrasés dans ce grand nulle part), le langage cinématographique choisi par Aurélien Vernhes-Lermusiaux est celui du proche, jamais du lointain. En dépit de l’exploit qu’il représente — un basculement géographique risqué, à la Werner Herzog —, son film ne semble chercher à battre que des records de modestie. Dépouillé, taiseux comme son héros, il ne joue pas non plus la carte du cinéma vérité, de la fiction documentaire sur une Colombie inconnue. Tout est intériorisé dans cette avancée à travers les paysages de ce qui fut autrefois une jungle et qu’habite aujourd’hui l’imaginaire.
Sans crier gare, La Couleuvre noire nous emmène très loin. Dans la rencontre avec un monde qui se transforme plus vite que les êtres et les aide à changer eux aussi. Un monde où l’aridité du sol et une certaine austérité du cinéma deviennent tendresse. Un nouvel horizon pour nos émotions.
Télérama
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